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Pourquoi Collapso-santé ?





Pourquoi Collapso-santé ? Parce que parler de notre rapport collectif à la santé a aujourd’hui toute son importance, tant il témoigne de notre manière d’être au monde et d’habiter la terre. 

La santé désigne le maintien en vie des populations. La santé renvoie aux politiques du « faire vivre ». Si le roi pouvait donner la mort, notre démocratie, notre gouvernement, notre société contemporaine œuvrent en faveur de la vie, du maintien en vie : « Vivez, vivez » qu’ils nous disent !  « Le plus longtemps possible ! Et en bonne santé ! Et en autonomie s’il vous plaît ! ».

Le maintien en vie de toute une population est devenu en à peine deux siècles une activité économique particulièrement rentable. Le vieillissement des populations est très loin d’être « uniquement » une problématique ! C’est aussi une opportunité économique à très grande échelle.

Travaux de recherche, marché pharmaceutique, start-up, innovations biotechnologiques, e-santé, innovations sociales, « Silver économie », thérapies en tous genre (etc.) s’inscrivent dans le marché très vaste du « bien vivre » et du « bien vieillir ». 

Les entrepreneurs dans ce vaste espace social de la santé se multiplient. La santé et le maintien en vie des populations en bonne santé, c’est aussi bien le marché de la prévention, que celui du bien-être des malades chroniques, celui des activités sportives, des métiers – de plus en plus nombreux – du développement personnel et des alternatives non médicamenteuses aux soins médicaux. C’est aussi un marché numérique, robotique, un marché de services (logiciels pour la gestion des établissements de santé, les pharmacies, les applications mobiles, et j’en passe) et de prestations intellectuelles en tous styles (évaluation d’impact sur la santé, évaluation médico-économique, évaluation socio-environnementale, des risques psycho-sociaux, conseils marketing, business, etc., etc.)


Mon propos dans ce blog n'est pas de vocation critique. Je suis moi-même dans mon cadre professionnel partie intégrante de cet espace social. Je l’alimente, il m’alimente (économiquement parlant). 

En fait, je participe aussi à faire notre système de santé et bien au-delà, à faire ce marché économique de la santé et du bien vivre par ma propre consommation de biens symboliques (valeurs, idéaux, bons comportements) ; de biens technologiques (imagerie, échographie, application etc.) ; et de substances médicamenteuses (même si basique : doliprane etc.).

  
Et justement : quand je fais une pause, un instant, et que j'y pense, je m'interroge : que cache notre course effrénée à se maintenir en vie ? Parce que sans parler du marché en lui-même, la question reste : sur quoi son développement et son accroissement continu reposent-t-ils ? 

Sur nul autre que nous, sur tout un chacun au sein de cette société. 

Nous érigeons collectivement et quotidiennement notre santé au rang de « principe supérieur commun ». (cf. Luc Boltanski et Laurent Thévenot, 1991)

A cette place, la santé est partie intégrante de notre ordre social et constitue l’une des conditions premières de la perpétuation d’un fonctionnement psycho-sociétal qui consiste à glorifier la santé en droit, en valeur et en acte : 
  • c’est un droit social, reconnu comme tel par les populations pouvant faire l’objet de revendications (au sein d’associations de patients etc.) ; 
  • c’est une valeur morale, responsabilisant tout un chacun dans ses actes de la vie quotidienne (ne pas trop boire, ne pas trop fumer, manger au moins 5 fruits et légumes par jour, limiter les sources de stress…etc.) ; 
  • ce sont des pratiques sociales multiples pour se maintenir en bonne santé, améliorer – voir optimiser – son état de santé.

Sur "Collapso-santé" je voudrais prendre pour objet cette « santé » collectivement placée au-delà de toute chose. 

Et oser ; oser poser quelques questions, sans jugement et, le plus souvent je l'espère, vous pourrez y lire mon optimisme malgré les sujets  abordés (parce que fondamentalement, je fais le choix de croire en la vie). 


Simplement, osons peut-être interroger notre rapport au système de santé et à la santé ! 



Les mesures au nom de notre santé sont-elles toujours prises en faveur et au nom du bien collectif ? Alimentent-elles toujours le bien de tous ? Ou creusent-elles aussi des inégalités sociales ? 

Pour exister, ce système ne produit-il pas des solutions en faveur de notre maintien en vie parfois coûteuses écologiquement parlant ? (Quelques exemples : résidus de médicaments dans l’environnement, déchets chimiques, consommation électrique, consommation pétrolière (lié aux transports), processus de fabrication polluant etc. ?) 
Certaines maladies ne sont-elles pas elles-mêmes générées par notre quête continuelle de la santé ? Certaines souffrances ne proviennent-elles pas de notre manière culturelle d'aborder le vivant et la terre ? 


A suivre sur Collapso-santé ! 



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L'homme domestiqué face aux théories de l'effondrement

" - Mon chéri, ce n'est pas en courant dans tous les sens, sur tous les chemins, qu'on apprend la vie. C'est en la regardant et eux (les animaux sauvages) tu vois, ils en savent plus long que nous… Ils connaissent les plantes, ils connaissent les herbes, les bonnes et les mauvaises, ils savent comment se nourrir avec, comment se soigner…
Il avait raison. Un animal sauvage vivant en liberté ne s'empoisonne pas, il fait son choix. C'est un instinct qu'ils perdent quand ils sont domestiqués, qu'on leur apporte leur nourriture, qu'ils n'ont plus à la chercher, à la défendre et qu'on appelle le vétérinaire quand ils sont malades."
Maurice Mességué, Des hommes et des plantes, 1970, Paris, p.20.


Ce n'est pas encore facile pour moi de l'assumer : j'ai toujours cherché à accumuler du savoir livresque et intellectuel parce qu'en fait… je n'ai aucune connaissance… et je ne sais absolument rien.
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Mon blog ? Juste une histoire de patates...

Mon blog commence…. par une histoire de patates ! 

Pour comprendre pourquoi j'en viens à écrire le blog "Collapso-santé", il faut d'abord comprendre comment j'en suis venue à lire des livres traitant de la question de l'effondrement à venir de notre société (au titre de "la collapsologie" ou non).

Tout part d'une réunion, au cours de laquelle j'écoutais un entrepreneur présenter un projet impliquant des capteurs de mouvements, la possibilité d’enregistrer précisément les habitudes d’une personne âgée en EHPAD, de l'intelligence artificielle, des "big datas" et une multitude de termes que je serai bien mise à mal de restituer.
Moment de bug… Je ne m’y vois pas "demain". Je ne me vois pas dans ces établissements en tant que "vieille" entourée de capteurs qui connaîtraient absolument tout de mes habitudes : de mes horaires de lever, de couché, du temps objectif que je passe aux toilettes ou que je passe à me do…

Bienvenue sur Collapso-santé !

POUR INTRODUIRE CE BLOG ! 
Quiconque souhaite évoquer aujourd’hui une ou des théories de l’effondrement de notre société contemporaine, ne semble plus pouvoir se passer du terme de « collapsologie ». La fréquence du terme dans la sphère médiatique et sur les réseaux sociaux, pousserait presque à penser qu'il s'intègre à notre langage courant (ou qu'il n'en est plus très loin) et laisse entrevoir la possibilité de considérer la collapsologie en tant que fait social.
La sociologue se laisse aisément tentée par l'exercice d'en faire la démonstration. La femme beaucoup moins.
D’un côté, parce que la collapsologie en tant que telle -ou en tant qu’objet de recherche -ne m’intéresse tout simplement pas. De l’autre, parce que le message véhiculé par ce discours sur la chute de nos modes de vies contemporains et la question de la viabilité même de notre présence sur terre à plus ou moins court terme, m’a sans doute convaincue.