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COVID-19... Chéri, y'a combien de morts aujourd'hui ? Refusons de jouer le jeu !





Le COVID-19... 
Un décompte effrayant, paralysant... et en direct s'il vous plaît !

Je ne tiens pas à commenter ici le nombre en tant que tel, très relatif dans sa véracité, comme tout un chacun sait, compte tenu de la faiblesse des dépistages réalisés dans notre pays.

Par contre, je voudrais partager une petite réflexion sur l'organisation politique de ce décompte et sa publication.

La quantification a un réel intérêt épidémiologique. 

En revanche, l'usage de ces chiffres, ou plutôt leur exhibition quotidienne est à interroger 
et ce, d'un point de vue sociologique !



A usage épidémiologique, autrement dit, pour permettre aux médecins de santé publique de bosser, ces chiffres font office d'instrument de mesure. Ok. La transmission à nos dirigeants a vocation à aider à la prise de décision politique : "combien de masques je vais devoir acheter ?" etc. etc.

A notre destination... quel intérêt ?

LA RESPONSABILISATION DES INDIVIDUS
Ou comment faire de nous des bombes humaines !

Alors, la responsabilisation des individus en acte ça donne quoi :

- Un parent qui accuse un membre de sa famille de lui avoir transmis le virus (à lui ou un autre)
- La peur de ses semblables 
- La haine contre les gens qui "se" confinent mal
- La décompensation psychologique
- La délation, la dénonciation de celles et ceux qui nous semblent un peu trop désobéir
- La jubilation plus ou moins consciente derrière son écran ("je me sens un peu comme dans une série TV" ; "Wouahou, c'est complètement surréaliste, c'est dingue" !!!)
- C'est la faute du pays d'à côté ! 

C'est là, toute la manipulation de ce jeu de pouvoir particulièrement agaçant ! 

Allons !!!  
Citoyens, Citoyennes !!!
 A la sociologie !!!! 

Quantifier c'est faire du nombre. Est-ce que ce nombre reflète plus ou moins bien la "réalité", ce n'est surtout pas la question prioritaire aujourd'hui autour du COVID-19. 

Au nom de la transparence, ces chiffres sont modifiés au jour le jour, diffusés, rediffusés, remodifiés... tel un tic tac continu... partagés sur les réseaux sociaux. "Vais-je demain faire partie de ces statistiques ? De quel côté ? Contaminés ? Morts ? Ma fille sera t-elle dans le journal ? Mes parents ? Mes grands-parents ? Moi ?" 

Ces chiffres ne produisent que l'attente, la stagnation et la peur.
Ils bloquent la pensée critique (positive, cela va de soi.)  

Pire : ils empêchent toute possibilité de s'exprimer sur l'épidémie actuelle autrement qu'avec ce langage chiffré. 
Et c'est ça la domination. C'est nous obliger à parler des chiffres.
C'est quand il n'y a plus la possibilité de s'exprimer autrement que comme imposé. 
Nous ne pourrons rien en dire de ces chiffres. Nous n'aurons le droit de ne rien dire.

Les chiffres bloquent l'échange et le débat.

"Non mais tu as vu les chiffres ?"
"En même temps vu les chiffres..."
"Arrête, quand on voit les chiffres..."
"Les chiffres sont clairs"

Et oui, parce que dans notre vie sociétale, ne l'oublions pas, le chiffre est aussi... 
un instrument de pouvoir. 

Dans notre présent, ce n'est donc pas le chiffre en lui-même le problème :
C'est la manière dont il est asséné quotidiennement et continuellement.

Le chiffre fait office de morale. 

Et la conduite morale ou immorale des gens va se reconnaître à ces chiffres, se définir par ces chiffres. On compare déjà les différents Etats entre eux et surtout... le comportement de leur population. Et l'effroi qui s'en suit est, qu'à priori, TOUS individuellement nous sommes à risque d'attenter à la vie d'un autre... : 

"Quiconque attente à une vie d'homme, (...) nous inspire un sentiment d'horreur, de tout point analogue à celui qu'éprouve le croyant qui voit profaner son idole".
"Une telle morale n'est donc pas simplement une discipline hygiénique ou une sage économie de l'existence ; c'est une religion dont l'homme est, à la fois, le fidèle et le Dieu. Mais cette religion est individualiste, puisqu'elle a l'homme pour objet, et que l'homme est un individu, par définition." (Emile Durkheim, "L'individualisme et les intellectuels".)

Le caractère anti-social de cette pensée, à laquelle nous confronte chaque jour un peu plus le nombre de contaminés et de morts du COVID-19, me semble vraiment très important à mettre en lumière.

Ces chiffres ne permettent pas aux hommes de s'unir.


Parce qu'en fait, chacun de nous s'identifie "à l'humanité en péril" qui compte ses morts tous les jours ; nous sommes tous un peu "sacré" et "sacralisé" à l'échelle individuelle... pas collective. C'est une sacralisation qui divise. L'Autre est une menace, puisque l'Autre est une bombe humaine... 

Mais plus préoccupant : ces chiffres seront aussi notre difficulté à venir, d'agir ensemble à la construction d'un monde social nouveau. 

Ces chiffres vont passer à l'état de faits. Ils auront besoin d'explication. Ils nourriront la division. Comme un résultat, le résultat de notre morale ! 

Ne tombons pas dans ce piège là !
Refusons de jouer ce jeu ! 

Tout le temps où nos esprits seront occupés à comptabiliser les morts, à être sidérés et à nous entretuer socialement parlant, laisse la forme d'économie qui nous domine et assassine chaque jour s'organiser avec notre bénédiction ; laisse la pensée politico-économique qui tue nos hôpitaux et épuise nos soignants depuis 40 ans reprendre comme si de rien n'était... ne créons pas nous-même ce point aveugle ! 

Apprenons de ce que nous vivons :

La pandémie actuelle nous dépasse en tant qu'humain parce que nous ne sommes tout simplement pas tout-puissant face à la vie et à la mort ; la médecine non plus. Et notre système de santé devrait s'en trouver durablement modifié dans les mois à venir.

Et c'est une leçon de première nécessité compte tenu des enjeux climatiques qui ne nous attendent déjà plus... voir nous dépassent déjà... 

En somme : c'est toute notre organisation morale qui est à refondre aujourd'hui et il n'y a plus une minute à perdre ! Une organisation morale moins individualisante, plus collective est à construire.

Et ce sera l'objet d'un prochain texte.


























































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