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Pour mieux supporter la chaleur ENSEMBLE !


"Tout se passe comme si des milliers d'hommes puis des millions et des millions parcouraient ce monde, pieds et mains liés par des fils invisibles. Il n'y a pas de conducteur. Personne ne se tient à l'écart. Les uns veulent aller dans telle direction, les autres dans telle autre. Ils se tombent dessus mutuellement et, vaincus ou vainqueurs, demeurent attachés les uns aux autres. Personne ne peut diriger la marche de l'ensemble (…) ligotés comme ils sont et poussés de-ci-de-là, sans rien comprendre, par des chemins que nul d'entre eux n'a choisis, regardant le monde depuis leur clocher, ils sont accaparés par toutes sortes de questions à la fois pressantes et mesquines". 

Norbert Elias, Engagement et distanciation, p.20


Que ce soit sur les réseaux sociaux, dans les médias ou… dans ma vie personnelle quand je me documente et/ou aborde le thème du réchauffement climatique et/ou de la collapsologie, il me semble observer que "les insultes" suivantes : 

- Collapso !
- Décroissant !
- Ecolo ! 

Virant parfois à : 

- Masochistes ! 
- Eco-dépressifs !
- Suicidaires !
-Gourous !


Se font parfois échos avec des : 

- Climato-septiques !
- Banquiers… ! 
- Libéralistes / capitalistes ! 
- Bourgeois…!
- Industriels !
- Consuméristes !

Virant parfois à : 
- Irresponsables
- Ahuris !
- Prédateurs !
- Individualistes !
- Inconscients !

Et dans tous les cas : 
- Dogmatiques ! 
- C'est nous qu'on est réaliste (d'abord) ! 

Et autre joyeuseté de tous les genres (souvent accompagnée d'un magnifique petit smiley) !


AUJOURD'HUI DANS COLLAPSO-SANTE :

Que nous révèlent ces plus passionnants partages d'opinions concernant... la question du réchauffement climatique (et de près ou de loin la collapsologie) ?


Ce n'est que mon avis : 

1/ Que la question du réchauffement climatique est partie intégrante de nos luttes sociales ; 

2/ Qu'elle interroge nos manières différenciées d'être au monde ;

3/ Que la question suscite des émotions et ne laisse pas grand monde de réellement "indifférent" !


Pour résumer : de la même manière que je n'apprécie absolument pas de lire des articles ou des post dénigrant une personne engagée concernant la cause écologique, je n'apprécie pas non plus que l'on dénigre une personne éloignée de toute interrogation écologique.

Sortons de cette ambition de convaincre !  
Sortons du besoin de reconnaissance dans nos manières d'être ! 
Assumons simplement nos faits, nos gestes, nos ambitions et nos positionnements !

Personne n'est plus rationnel ou irrationnel qu'une autre personne… 

N'oublions jamais que le monde est dans l'esprit de celui qui l'observe : à chacun son principe de réalité ! 

Par exemple, je me demande toujours concernant mes réflexions sur l'environnement et la santé : qu'est-ce que cela signifie pour moi ? Qu'est-ce que cela me fait (d'un point de vue émotionnel en l'occurrence... question que j'ai longtemps évité en adoptant un langage et une posture scientifique : bien cachée derrière mon métier de sociologue). 

Nous vivons dans une société où la distanciation, le rationnel basé sur l'éloignement de nos émotions, est socialement valorisé : pensons ne serait-ce qu'à l'attitude "scientifique" dont nous sommes tous fortement imprégnés. 

Nos rapports au corps, à la vie et à la mort en portent fortement l'emprunte !

C'est par ce prisme de la "scientifisation" du monde, que nous cherchons à faire face à la maladie ou à la mort aujourd'hui… et nous faisons de même avec les théories de l'effondrement ou la question du réchauffement climatique !   

Nous avons tendance à dire :
"Heu... S'il vous plaît, que disent les scientifiques ?"  

Ils répondent :


"Bah là maintenant y'a urgence, va falloir faire quelque chose et vite" (Il est urgent de se soigner si je garde la métaphore de l'annonce d'une maladie grave : il est urgent de s'inquiéter du réchauffement climatique). 


Notre émotion sur le sujet s'oriente alors très rapidement vers une question somme toute classique : 

"Mais qui est le responsable !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!"

Et ce, que l'on croit ou non au réchauffement climatique… 
Que l'on adhère ou non à l'annonce de cette maladie planétaire...

En fait, derrière cette interrogation très simple se cache : 
L'expression sociale de notre rapport à la nature !

Allez, un peu de sociologie !
Invitons Norbert Elias à la rescousse ! 

"Lorsque les hommes cessèrent d'utiliser des pierres à l'état brut, telles qu'on les trouve dans la nature, comme armes contre des ennemis ou des animaux et lorsqu'ils apprirent peu à peu à dompter leurs impulsions passagères afin de fabriquer à l'avance avec des pierres, des armes ou des outils, lorsqu'ensuite ils remplacèrent, grâce à un plus grand esprit de prévoyance, la cueillette des fruits sauvages et des racines par la culture des plantes, il en résulta à chaque fois la triple modification : d'eux-mêmes dans leurs réalités d'individus, de leur existence sociale, de leur relation à la nature."
Norbert Elias, Engagement et Distanciation, p.17



La science nous a offert un sentiment de sécurité… et "le progrès", l'impression de ne plus vivre dans l'incertitude face à ce que nos ancêtres les plus éloignés ont connu : une nature incontrôlable. 

La science nous a offert le sentiment de pouvoir dompter la nature, les phénomènes naturels… ou de devoir le faire et d'y arriver ! 

Alors quoi de plus difficile, dans ce contexte social, que d'adhérer à l'idée selon laquelle ce sentiment n'est (peut-être) qu'un leurre… ?

D'après Norbert Elias, qu'est-ce qui a accompagné l'accroissement de notre sentiment de maîtrise de la nature ? 

- "L'interdépendance croissante d'un nombre également croissant d'êtres humains".
- L'accélération de l'expansion de nos connaissances ;
- L'augmentation de la complexité de nos relations entre humains ;

Ces trois éléments sont en fait aussi devenus nos sources quotidiennes d'insécurité (pas toujours conscientes) !

Nous craignons de comprendre… 
La question du climat le démontre !

Nous sommes interdépendants alors même que nous ne partageons pas le même état de conscience climatique et que nous ne partageons pas le même avis sur l'urgence climatique…

Et la multiplicité de nos vérités nous rendent toutes et tous hérétiques au yeux de quelqu'un !
Quelque soit notre manière d'en parler ou de se positionner : dénigrer l'autre est l'expression d'une souffrance.

"Quand Paul parle de Pierre, il nous en dit plus sur Paul que sur Pierre".

Chacun de nos propos sur le climat devrait être une invitation à partir à la rencontre de nous-même... pourquoi pas avec l'Autre ?

Norbert Elias nous dit : 
"Toute modification relativement profonde de l'image qu'à l'homme de la nature va de pair avec une modification de l'image qu'il se fait de l'univers social."

Nous touchons là du doigt l'un des premiers enjeux individuel autant que collectif face à la question de l'urgence climatique : 

Adhérer au fait d'entrer en contradiction avec les idéaux et normes actuels de notre société...

Ce n'est pas une mince affaire et nous n'avons pas tous le même équipement et fonctionnement psychique pour y faire face. Tendons-nous la main, même sur les réseaux sociaux pour se donner les moyens de comprendre, réaliser et peut-être... adhérer (ou pas, parce que chacun envoie dans ce monde les intentions qui lui appartiennent !)

















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L'homme domestiqué face aux théories de l'effondrement

" - Mon chéri, ce n'est pas en courant dans tous les sens, sur tous les chemins, qu'on apprend la vie. C'est en la regardant et eux (les animaux sauvages) tu vois, ils en savent plus long que nous… Ils connaissent les plantes, ils connaissent les herbes, les bonnes et les mauvaises, ils savent comment se nourrir avec, comment se soigner…
Il avait raison. Un animal sauvage vivant en liberté ne s'empoisonne pas, il fait son choix. C'est un instinct qu'ils perdent quand ils sont domestiqués, qu'on leur apporte leur nourriture, qu'ils n'ont plus à la chercher, à la défendre et qu'on appelle le vétérinaire quand ils sont malades."
Maurice Mességué, Des hommes et des plantes, 1970, Paris, p.20.


Ce n'est pas encore facile pour moi de l'assumer : j'ai toujours cherché à accumuler du savoir livresque et intellectuel parce qu'en fait… je n'ai aucune connaissance… et je ne sais absolument rien.
Je ne sais rien du monde réel :…

Mon blog ? Juste une histoire de patates...

Mon blog commence…. par une histoire de patates ! 

Pour comprendre pourquoi j'en viens à écrire le blog "Collapso-santé", il faut d'abord comprendre comment j'en suis venue à lire des livres traitant de la question de l'effondrement à venir de notre société (au titre de "la collapsologie" ou non).

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Bienvenue sur Collapso-santé !

POUR INTRODUIRE CE BLOG ! 
Quiconque souhaite évoquer aujourd’hui une ou des théories de l’effondrement de notre société contemporaine, ne semble plus pouvoir se passer du terme de « collapsologie ». La fréquence du terme dans la sphère médiatique et sur les réseaux sociaux, pousserait presque à penser qu'il s'intègre à notre langage courant (ou qu'il n'en est plus très loin) et laisse entrevoir la possibilité de considérer la collapsologie en tant que fait social.
La sociologue se laisse aisément tentée par l'exercice d'en faire la démonstration. La femme beaucoup moins.
D’un côté, parce que la collapsologie en tant que telle -ou en tant qu’objet de recherche -ne m’intéresse tout simplement pas. De l’autre, parce que le message véhiculé par ce discours sur la chute de nos modes de vies contemporains et la question de la viabilité même de notre présence sur terre à plus ou moins court terme, m’a sans doute convaincue.